English Woman's Journal - Au Pakistan, la météo pourrait avoir la peau de la mangue

Au Pakistan, la météo pourrait avoir la peau de la mangue


Au Pakistan, la météo pourrait avoir la peau de la mangue
Au Pakistan, la météo pourrait avoir la peau de la mangue / Photo: Asif HASSAN - AFP

Sous un manguier, des hommes empilent les fruits jaunes et verts. Mais, pour la troisième année consécutive, dans le Sud aride du Pakistan, les mangues sont moins nombreuses, plus petites et parfois malades. La faute, assurent les exploitants, à une météo de plus en plus chamboulée.

Taille du texte:

"Le changement climatique a fait des ravages", se lamente Mohammed Youssouf, qui dit avoir plus de 60 ans dont 30 passés dans la culture de la mangue, l'une des grandes fiertés du Pakistan, quatrième producteur mondial.

"En février, la température est restée trop basse, les bourgeons n'ont pas éclos à temps", explique-t-il à l'AFP dans son village de Tando Allahyar, à 200 kilomètres au nord de Karachi, la capitale économique du pays, et de son port d'où sera exportée, espère-t-il malgré tout, une partie des mangues qu'il récolte.

"Beaucoup de bourgeons sont morts et parmi ceux qui ont pris, certains ont été infectés par des parasites", ajoute-t-il sous un soleil de plomb qui, redoutent les agriculteurs, va faire mûrir et tomber les mangues avant qu'ils ne puissent les cueillir.

Car après un hiver inhabituellement long, un mois d'avril anormalement humide --le plus pluvieux depuis 63 ans selon les autorités-- le Pakistan connaît désormais des vagues de chaleur où chaque jour le thermomètre dépasse les 45 degrés.

- Production et export en berne -

Plus au sud, à Tando Ghulam Ali, Arsalan a entamé depuis seulement 24 heures la récolte des 365 hectares de manguiers dont il à la charge, mais il a aussi constaté les dégâts.

"On a des pertes de production de 15 à 20%, et la cueillette vient tout juste de commencer donc ce chiffre va sûrement augmenter", assure ce Pakistanais âgé de 32 ans.

Avec des canicules plus fréquentes et plus longues, les agriculteurs s'attendent à des surprises une fois les fruits cueillis. "De l'extérieur, les mangues sont jaunes, mais à l'intérieur, soit elles n'ont pas mûri, soit elles commencent déjà à pourrir", détaille-t-il.

Pour tenter de contrer la multiplication des parasites, depuis trois ans, les dépenses en pesticides ont explosé, affirment à l'AFP plusieurs agriculteurs du Sindh mais aussi du Pendjab, la première province agricole du pays plus au nord.

Ils assurent que leur budget en produits chimiques --désormais répandus six à sept fois par saison, contre deux fois il y a trois ans-- a été multiplié par quatre ou cinq.

Et, malgré tout, "on ne pourra pas exporter autant que prévu", se désole Arsalan -il ne porte qu'un seul nom--, confirmant les prévisions pessimistes de Waheed Ahmed, patron de la Fédération des exportateurs de fruits et légumes du Pakistan.

Récemment, celui-ci assurait à des médias locaux que "les pertes dans le Pendjab atteignent 35 à 50% et dans le Sindh, 15 à 20%".

L'an dernier déjà, rappelait-il, le Pakistan n'était parvenu à exporter que 100.000 des 125.000 tonnes de mangues qu'il prévoyait de vendre à l'étranger --pour 90 millions de dollars.

Un coup dur pour le pays, le cinquième le plus peuplé du monde, englué dans la crise et en négociation pour obtenir plus de prêts du Fonds monétaire international (FMI) qui compte sur son agriculture pour générer un quart de son PIB.

- "Nourrir nos familles" -

La vingtaine de variétés de mangues locales occupe une place de choix dans ce secteur: le fruit est le deuxième le plus produit du pays, derrière l'orange, avec en moyenne depuis 2011, entre 1,7 et 1,8 million de tonnes ramassées, selon les autorités.

Si dans le Sindh, les agriculteurs rencontrés par l'AFP assurent souffrir depuis trois ans, dans le Pendjab, dès 2020, la production avait baissé de 40%.

Déjà, les exploitants accusaient un hiver trop long et des pluies décalées dans le temps qu'il imputaient au changement climatique.

Le Pakistan ne cesse de répéter que ses 240 millions d'habitants --3% de la population mondiale-- ne sont responsables que de moins de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Pourtant, le pays pauvre d'Asie du Sud est l'un des dix plus vulnérables aux phénomènes extrêmes nés du changement climatique.

En 2022, des inondations ont recouvert un tiers de son territoire, affecté plus de 33 millions de personnes et fait plus de 1.700 morts. Le Pakistan subit aussi des canicules mortelles et une pollution atmosphérique parmi les pires au monde.

Des phénomènes dont l'impact est aggravé, disent les experts, par un manque d'infrastructures et une mauvaise gouvernance.

Loin des grands projets qui pourraient atténuer les effets du changement climatique à long terme, Mashooq Ali, lui, veut des aides, et tout de suite.

"Les propriétaires terriens vont moins gagner cette année", anticipe ce travailleur agricole de 30 ans à Tando Ghulam Ali.

"Et même s'ils nous payent autant que l'an dernier, avec l'inflation, on n'arrivera pas à nourrir nos familles".

Déjà, dit-il, sa femme a commencé à acheter des vêtements pour les revendre dans leur village. Pour un petit salaire d'appoint.

O.Jonstone--EWJ

En vedette

Au Kirghizstan, des yaks blancs, symbole de la renaissance d'un élevage ancestral

A flanc de montagne, d'imposantes silhouettes se détachent à peine des paysages enneigés du Kirghizstan: des yaks blancs. Créée par la famille Akmatov, cette variété rare symbolise le renouveau de l'élevage de ces animaux dans ce pays d'Asie centrale luttant contre le surpâturage et la dégradation des sols.

Le sommeil de beaucoup de Français continue de se dégrader

En quantité et en qualité, le sommeil des Français continue de se dégrader, sous l'effet notamment des pollutions sonore et lumineuse, de l'hyperconnexion, de la chaleur mais aussi d'horaires de travail décalés, alerte mardi l'Institut national du sommeil et de la vigilance.

Au sommet du nucléaire, Macron vante l'atome comme facteur d'"indépendance" face aux secousses du pétrole

Emmanuel Macron a défendu mardi en ouverture d'un sommet à Paris le nucléaire civil, facteur d'"indépendance" dans un contexte géopolitique où les hydrocarbures peuvent devenir un instrument "de déstabilisation", et appelé les acteurs privés et publics à y prendre part en investissant dans le secteur.

En Finlande, des enfants traversent la Baltique gelée en aéroglisseur pour aller à l'école

Un trio d'enfants embarque à bord d'un original bateau amphibie, amarré sur un quai en bois au bord de la mer Baltique gelée. Accueillis par le capitaine Sampsa Jalo, ils s'apprêtent à traverser des étendues de glace pour rentrer de l'école dans le sud-ouest de la Finlande.

Taille du texte: