English Woman's Journal - Le boom du yoga en Occident, souvent réduit à une pratique physique

Le boom du yoga en Occident, souvent réduit à une pratique physique


Le boom du yoga en Occident, souvent réduit à une pratique physique
Le boom du yoga en Occident, souvent réduit à une pratique physique / Photo: Arun SANKAR - AFP

En plein essor, le yoga, célébré dimanche à l’occasion de la journée internationale instaurée en 2015, est une pratique indienne millénaire — physique, mentale et spirituelle — mais souvent réduite, dans sa version occidentale, à sa seule dimension physique, souligne l'expert et enseignant Varun Veer.

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"Le yoga n'est pas (seulement) un exercice physique", explique M. Veer qui, après avoir enseigné cette discipline notamment en Grèce, en France, au Canada, aux Etats-Unis et pendant onze ans à Hong Kong, a ouvert en 2023 un studio à New Delhi.

"L’histoire du yoga remonte à plus de 10.000 ans. Il trouve ses origines dans les plus anciennes écritures indiennes, les Vedas, dont le Rig Veda, explique ce titulaire d'une thèse sur les origines et l'essence de cette discipline.

"Dans la tradition indienne, nous travaillons sur le corps, le souffle, le mental, ainsi que les dimensions de sagesse et de béatitude", explique M. Veer, qui regrette qu’en Occident "la pratique soit réduite à 95% aux asanas (postures), et peu au prana (souffle)".

Il se réjouit pourtant de l’engouement mondial pour cette discipline, amorcé dans les années 1970‑80 aux Etats‑Unis, où des enseignants indiens se sont installés avant de "devenir populaire en Europe, puis à Hong Kong, Singapour, au Japon...".

- "C’est dans notre sang" -

Au départ, "le hatha yoga, la pratique la plus traditionnelle, était la forme la plus répandue en Occident".

Puis petit à petit de nouvelles méthodes sont apparues, comme l'Iyengar yoga, l'Ashtanga ou le Sivananda qui doivent leur nom aux maîtres qui les ont conçues, ou le Vinyasa ou le Ashtanga, un enchaînement de mouvements.

Mais si "les séquences et les postures peuvent être différentes, toutes sont basées sur le hatha yoga", souligne lors d’un entretien à l’AFP ce yogiste de 51 ans, initié par son père à l’âge de neuf ans.

Selon lui, ce n'est pas un mythe de dire que la plupart des Indiens pratiquent le yoga au quotidien mais pas de la manière dont on l'entend à l'étranger.

La méditation s’enseigne dès l’enfance au sein des familles indiennes : "C’est dans notre culture, c’est dans notre sang".

"A la maison, quand on parle hindi nous disons toujours +dhyan se khao+, ce qui signifie : +mange avec attention+. De même, +dhyan se padho+ : +étudie en te concentrant+. Dhyan, c’est méditation, autrement dit, quoi que l’on fasse, il faut le faire en étant pleinement concentré et en méditant".

- Formation à revoir -

Ce disciple du yogi et philosophe indien Sri Aurobindo se félicite de constater que, porté par son succès mondial, le yoga gagne en popularité en Inde, où il fait désormais partie des programmes scolaires et universitaires.

Il espère que cela incitera davantage de personnes à pratiquer une activité physique, souvent négligée dans le pays, et à en reconnaître les bienfaits pour la santé.

Selon lui, le Premier ministre Narendra Modi, à l'origine d'une résolution de l'ONU qui depuis 2015 fait du 21 juin la Journée internationale du yoga, a largement contribué à sa promotion aux niveaux national et international.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, le dirigeant nationaliste hindou a fait de la culture ancienne de l'Inde un axe majeur de sa politique culturelle et a même crée un ministère dédié au yoga et aux médecines traditionnelles comme l'ayurvédique.

M. Veer regrette toutefois que la formation des professeurs de yoga ne soit pas mieux encadrée et réglementée à l’échelle mondiale.

"C’est un gros problème, surtout en Occident : après 200 ou 500 heures de formation, vous pouvez commencer à enseigner. Ce n’est bon ni pour la culture du yoga, ni pour les professeurs, ni pour les élèves, ni pour l’humanité", confie M. Veer, qui précise recruter des enseignants diplômés des nombreuses universités de yoga en Inde.

Après plus de 40 ans de pratique, M. Veer, qui consacre quotidiennement entre 90 minutes et deux heures par jour à cette discipline, invite "l’Occident à revoir sa manière de former et d’enseigner le yoga".

S.Smith--EWJ

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