English Woman's Journal - Transition énergétique: refaire l'isolation ou acheter une pompe à chaleur ?

Transition énergétique: refaire l'isolation ou acheter une pompe à chaleur ?


Transition énergétique: refaire l'isolation ou acheter une pompe à chaleur ?
Transition énergétique: refaire l'isolation ou acheter une pompe à chaleur ? / Photo: FREDERICK FLORIN - AFP/Archives

Isoler les murs ou changer la chaudière? Pour beaucoup dans la construction, une rénovation efficace commence par le calfeutrage des murs et du toit avant d'investir dans de coûteux équipements électriques destinés à réduire la facture énergétique. Derrière ces choix se joue une bataille industrielle feutrée.

Taille du texte:

L'annonce surprise de la suspension des dépôts de nouvelles demandes de subventions MaPrimeRénov' pendant l'été a déclenché la colère des artisans du bâtiment, et relancé de vifs débats sur le maintien des aides aux "gestes isolés" (achat de chaudière, remplacement de fenêtres) face aux rénovations dites globales.

En lançant MaPrimeRénov' en 2020, le gouvernement comptait faire d'une pierre deux coups: accélérer la décarbonation des 36 millions de logements en France (20 millions de maisons individuelles et 16 millions de logements collectifs), c'est-à-dire réduire les émissions de CO2 liées à l'usage des bâtiments, et adapter le bâti face aux extrêmes climatiques, canicules, inondations.

Mais, depuis 2022, la crise énergétique déclenchée par l'invasion de l'Ukraine a rebattu les cartes.

Désormais, la principale motivation des rénovations est de réduire les coûts liés à la consommation d'énergie, selon l'Observatoire de la construction durable publié en 2024 par le géant des matériaux Saint-Gobain avec l'institut CSA.

- "Des gens qui comptent les centimes" -

Pour faire baisser la facture d'énergie des habitations, "la première chose à subventionner, c'est l'isolation de la maison, les menuiseries, les murs, la toiture, c'est primordial", estime Jeremy Ifrah qui dirige une entreprise de bâtiment à Bagnolet (Seine-Saint-Denis).

"Ceux qui veulent d'abord s'équiper de pompe à chaleur, je préfère ne pas m'en occuper". Leur facture de chauffage ne va pas forcément diminuer si leur logement est mal isolé.

"Je vois tous les jours des gens qui comptent les centimes pour remplir le frigo. Comment voulez-vous qu'ils s'en sortent quand il leur faut payer 400 euros de gaz par mois?" dit-il.

Derrière ce constat de terrain, les fabricants de matériaux s'opposent à ceux qui produisent des pompes à chaleur ou systèmes de régulation électronique destinés à rendre les bâtiments "intelligents".

Le message de "l'isolation d'abord" est porté par Benoit Bazin, PDG du géant des matériaux Saint-Gobain, qui investit énormément dans la recherche pour décarboner la fabrication des plaques de plâtre, vitres ou laine de verre.

En matière d'isolants, "il y a un déficit de fabrication française", fait valoir Rafael Rodriguez, qui dirige la filiale française du fabricant danois de laine de roche Rockwool: la France importe "150 à 200.000 tonnes" de laine minérale par an.

"Il faut faire plus de rénovations globales", plaide-t-il. Et si les rénovations monogestes, soutenues par les artisans du bâtiment, "doivent être conservées", elles doivent "être inclues dans un parcours planifié", ajoute le responsable.

Selon lui, l'isolation c'est "la base de la pyramide de l'efficacité énergétique".

- "150 ans pour rénover le parc existant" -

Pas d'accord, répond Jean-Pascal Tricoire, président du conseil d'administration de Schneider Electric, géant des équipements électriques.

D'ici 2050, "on a 25 ans pour achever la décarbonation des bâtiments en France, mais si on continue à ne faire appel qu'aux procédés du passé, on a zéro chance d'y arriver, ce sera trop lent", déclare le dirigeant à l'AFP.

Selon ses calculs, "on en a pour 150 ans pour rénover le parc existant au rythme actuel".

"Pour pouvoir +transitionner+ les usages, il faut beaucoup plus d'efficacité énergétique, or il n'y a que 10% des bâtiments (en France) qui sont digitalisés par exemple" souligne-t-il, en envisageant que les maisons deviennent "productrices d'électricité, intelligentes et largement autonomes".

"Refaire un toit, des fenêtres, ça coûte cher, c'est long et la main d'œuvre n'est pas forcément disponible, alors que déployer une solution digitale pour contrôler les consommations d'un logement ça prend deux jours maximum" et c'est rentable très vite, affirme-t-il.

"Ce qui compte, c'est que chaque projet de rénovation soit discuté avec un professionnel", tempère le PDG du fabricant français de chaudières Atlantic (Thermor, Sauter...), Damien Carroz.

Il faut "avancer vite" sur le plan industriel, plaide-t-il: Emmanuel Macron "a promis qu'un million de pompes à chaleur seraient produites en France en 2027, or fin 2025, on ne sera qu'à 100.000 grand maximum".

O.Wood--EWJ

En vedette

En Finlande, des enfants traversent la Baltique gelée en aéroglisseur pour aller à l'école

Un trio d'enfants embarque à bord d'un original bateau amphibie, amarré sur un quai en bois au bord de la mer Baltique gelée. Accueillis par le capitaine Sampsa Jalo, ils s'apprêtent à traverser des étendues de glace pour rentrer de l'école dans le sud-ouest de la Finlande.

Décès d'Elisa Pilarski: sursis requis contre Christophe Ellul, l'euthanasie contre son chien Curtis

Quatre ans de prison avec sursis ont été requis jeudi contre Christophe Ellul, jugé pour la mort de sa compagne Elisa Pilarski, tuée en 2019 par des morsures attribuées à son pitbull Curtis dont la procureure a requis l'euthanasie.

L'élévation du niveau des océans pourrait avoir été sous-estimée, révèle une étude

L'élévation du niveau des océans le long des côtes mondiales, liée au réchauffement climatique et à l'origine de catastrophes en cascade (inondations, érosion côtière ...), pourrait avoir été sous-estimée, minorant les risques potentiels et les politiques d'adaptation, révèle mercredi une étude scientifique.

Un an après le cyclone Garance, toujours "la débrouille" pour des habitants sinistrés à La Réunion

Adossé à un arbre, à deux pas de la rivière, Patrice ponce frénétiquement un morceau de bois. "Il n'y a plus rien à voir ici, la colline est morte", lâche cet habitant du quartier du Bas de La Rivière, à Saint-Denis, ravagé par le cyclone Garance il y a un an.

Taille du texte: