Incendie de Crans-Montana en Suisse: les propriétaires du bar entendus près de 10 heures
Le couple de propriétaires français du bar incendié la nuit du nouvel an dans la station de ski suisse de Crans-Montana a été à nouveau entendu pendant près de dix heures vendredi par les procureures du canton du Valais.
Les Français, qui étaient entendus pour la troisième fois comme prévenus, ont quitté les lieux à l'abri des regards médiatiques, contrairement à leurs arrivées, le matin même, au bâtiment universitaire de Sion où s’est tenue l'audition.
"Sur près de dix heures, Jessica Moretti et Jacques Moretti ont répondu à toutes les questions, avec une certaine émotion souvent", a déclaré une avocate de la défense, Me Yaël Hayat, après l'audition.
"Maintenant, pour ceux qui, depuis le premier jour, dévisagent Jessica Moretti et considèrent qu'elle incarne leur malheur, pour ces personnes-là, il n'y aura jamais de réponse, parce que c'est impossible d'adoucir leur peine, et comme elle l'a dit durant son audition, elle a parfois le sentiment qu'en réalité, ce qu'on lui reproche, c'est d'avoir survécu quand d'autres ont succombé", a-t-elle ajouté.
Le drame survenu en pleine célébration de la Saint-Sylvestre a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, dont de nombreux étrangers, en particulier des Italiens et des Français.
Selon les premiers éléments de l'enquête, l'incendie, qui a fait 41 morts et 115 blessés, a été déclenché par les étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar Le Constellation.
Au total, 14 personnes sont placées sous investigation pénale pour "incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence".
- Nouveau chef d'inculpation -
Mme Moretti s'est vu notifier vendredi un nouveau chef d'inculpation, celui de faux dans les titres, en lien avec "une facture portant sur un achat de mousse chez un fabricant allemand en 2015", a indiqué la défense dans un communiqué.
"Il s'agit d'un achat réel qui a simplement été intégré dans la comptabilité sous une autre bannière. La mise en prévention de faux sur ce fait ancien s'inscrit clairement en marge des évènements entourant la tragédie de Crans-Montana. Il n'y a en effet aucun lien", précise le communiqué.
Comme d'autres avocats des parties civiles, Me Christophe de Galembert, a en revanche souligné qu'"il y a des questions très légitimes qui se posent sur cette facture".
"On n'a pas de réponse et on n'y arrive pas. Il y a une inertie qui est incroyable dans ces auditions", a-t-il déploré, devant les journalistes.
Quelques proches des victimes étaient présents. Parmi eux, Laetitia Brodard-Sitre, dont le fils, Arthur, âgé de 16 ans, est décédé dans le drame.
"Sans le savoir, nous avons mis nos enfants dans un établissement qui n'était pas aux normes au niveau sécuritaire", a-t-elle dit, déplorant que les Moretti "sont dans la victimisation" pendant l'audition.
"Ils ne prennent aucune responsabilité. Aucune responsabilité n'est prise par le couple Moretti. C'est ça qui est inaudible. C'est tout le temps la faute de quelqu'un d'autre", a-t-elle dit.
"Comment voulez-vous qu'on réagisse à cela, nous les parents, qui chaque jour, allons sur la tombe de nos enfants ?" a-t-elle dit.
- "Everest de la collusion" -
Entendus séparément en février, les Moretti comparaissaient pour la première fois depuis cette date. L'audition de M. Moretti, prévue le 7 avril, avait été reportée après le dépôt de certificats médicaux par ses avocats.
De nombreux avocats des parties civiles ont souligné que le couple avait eu largement le temps de se concerter avant leur audition conjointe de vendredi.
"C'est un couple qui fait ménage commun, on est à l'Everest de la collusion. (...) Il y a de fortes chances que le récit soit accordé", a relevé Me Gilles-Antoine Hofstetter.
M. Moretti avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, puis libéré le 23 après le paiement d'une caution de 200.000 francs suisses (220.000 euros). Il a ensuite fait l'objet comme son épouse de "mesures de contrainte".
Parmi les 14 personnes visées par l'instruction pénale figurent plusieurs actuels et anciens élus et employés de la commune, dont les responsables ont reconnu juste après le drame l'absence de contrôles sécurité et incendie dans le bar depuis 2019.
Selon plusieurs avocats, d'autres auditions sont à venir ces prochaines semaines, mais les dates ne sont pas encore connues.
M.Campbel--EWJ