English Woman's Journal - Un duo franco-japonais consacré pour ses travaux sur le sommeil

Un duo franco-japonais consacré pour ses travaux sur le sommeil


Un duo franco-japonais consacré pour ses travaux sur le sommeil
Un duo franco-japonais consacré pour ses travaux sur le sommeil / Photo: Jesse Grant - GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives

Avec ses endormissements soudains et incontrôlables, la narcolepsie fut longtemps considérée comme une énigme impénétrable. Jusqu'à ce que deux chercheurs, l'un français et l'autre japonais, en révèlent le fonctionnement, une découverte consacrée mercredi par le prestigieux prix Albert-Lasker.

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Souvent considéré comme annonciateur d'un possible prix Nobel, ce prix américain vient célébrer les "découvertes fondamentales" réalisées par Emmanuel Mignot et Masashi Yanagisawa dans les années 1990.

Par un hasard du sort, ces deux chercheurs aux approches opposées ont mis en lumière de façon concomitante la cause de la narcolepsie, une trouvaille qui a ouvert la voie à plusieurs traitements et révolutionné la discipline alors toute naissante de la médecine du sommeil.

Captivé par ce trouble "super bizarre" qui se manifeste chez les animaux comme chez certains humains par une perte soudaine de tonus musculaire, le Français Emmanuel Mignot s'était lancé après ses études à la recherche de sa cause.

"Tout le monde me disait que c'était de la folie", se rappelle dans un rire ce professeur à l'université californienne de Stanford auprès de l'AFP. "Mais moi j'y croyais vraiment".

Pendant une décennie, il épluche le génome des chiens, où la narcolepsie peut être héréditaire, dans l'espoir de trouver le gène responsable, un travail titanesque qui finit par payer en 1999.

Masashi Yanagisawa découvre, lui, quasiment en même temps l'orexine (aussi parfois appelée hypocrétine), un neurotransmetteur qu'il pense d'abord impliqué dans la sensation de faim, mais dont l'absence se révèle provoquer la narcolepsie chez la souris.

"C'était une convergence scientifique à la fois spectaculaire et magnifique", salue le médecin et biologiste auprès de l'AFP.

- Clé manquante -

Grâce à leurs travaux complémentaires, le mécanisme sous-jacent s'éclaire: chez l'homme et la souris, ce neurotransmetteur normalement produit dans l'hypothalamus, à la base du cerveau, manque à l'appel.

Chez le chien, en revanche, l'orexine est bien présente, mais cette molécule agissant comme une "clé" ne peut agir car la serrure qu'elle doit déverrouiller est comme grippée en raison de la mutation génétique.

Autant de découvertes qui chamboulent le champ médical. "Avant cela, le sommeil n'avait pratiquement jamais été abordé sous l'angle de la génétique et de la biologie moléculaire", se souvient Masashi Yanagisawa.

La médecine du sommeil n'en est alors qu'à ses balbutiements, les scientifiques ayant recours "à des lésions à certains endroits du cerveau pour observer les effets sur le sommeil".

Ces découvertes ouvrent donc la voie à une autre manière d'étudier les troubles du sommeil, mais aussi de les traiter.

Après des décennies de travaux, le premier médicament ciblant le déficit en orexine chez les patients atteints de narcolepsie de type 1 est approuvé à l'été 2026 aux États-Unis, en Chine et au Japon.

"Cela change vraiment la donne", insiste Emmanuel Mignot, qui a pu observer une transformation radicale chez ses patients. "Tout d'un coup ils redeviennent normaux, j'en ai qui ont commencé à faire du hockey ou à danser, cela leur redonne de la liberté".

- "Véritable mystère" -

D'autres traitements bloquant l'action de l'orexine, qui joue un rôle de stimulateur maintenant l'état d'éveil, ont également vu le jour et bénéficient aujourd'hui aux patients insomniaques, explique M. Yanagisawa.

Et les pistes pourraient encore s'élargir à mesure que s'approfondissent nos connaissances du sommeil, veut-il croire.

Car plus de trois décennies après leurs découvertes, qui ont également été consacrées en 2023 par le Breakthrough Prize, surnommé les "Oscars de la science", beaucoup de questions restent en suspens.

Si "les mécanismes qui permettent la transition entre l'état d'éveil et le sommeil" à la façon d'un interrupteur sont désormais bien documentés, on ignore tout du "+doigt+ qui appuie sur cet interrupteur", pointe le biologiste. "C'est un véritable mystère".

Et même dans le cas isolé de la narcolepsie, des inconnues persistent, notamment sur la raison du déficit en orexine dont souffrent les patients.

Persuadé qu'il est provoqué par une attaque du système immunitaire, Emmanuel Mignot essaie aujourd'hui de prouver qu'il est lié à certains virus de la grippe.

Mais au-delà de ce sujet, reste la question du déclenchement des épisodes, souvent provoqués par une émotion forte telle que la surprise, le rire ou la colère.

"Ce qui est vraiment le plus typique, c'est quand les gens trouvent quelque chose de marrant (...) ils s'apprêtent à faire une plaisanterie" et s'endorment d'un coup, décrit le professeur Mignot. Or, "on ne comprend pas complètement pourquoi c'est lié au sommeil".

L.Paterson--EWJ