English Woman's Journal - A Berlin, le conflit au Proche-Orient continue de peser dans la course à la mairie

A Berlin, le conflit au Proche-Orient continue de peser dans la course à la mairie


A Berlin, le conflit au Proche-Orient continue de peser dans la course à la mairie
A Berlin, le conflit au Proche-Orient continue de peser dans la course à la mairie / Photo: Adam BERRY - AFP

Accusée d'antisémitisme par ses adversaires politiques et de compromission par sa base pro-palestinienne, la gauche radicale allemande avance sur une ligne de crête depuis sa victoire aux élections municipales à Berlin fin septembre.

Taille du texte:

Lundi soir, la section locale du parti Die Linke a organisé une petite réunion de solidarité avec la Palestine à Neukölln. Dans cet arrondissement comptant une grande partie de la diaspora palestinienne à Berlin, considérée comme la plus grande d'Europe, ce parti a engrangé 33% des voix au dernier scrutin.

Mais depuis ces élections fin septembre, Die Linke a fait de "mauvais compromis" au lieu de "rester fermement sur les positions pour lesquelles il a été élu", déplore Anjo, 21 ans, militant de la section locale interrogé par l'AFP lors de la réunion.

Une autre participante à la réunion, qui souhaite rester anonyme, dit s'être sentie "trahie" par ce parti, et ce "pour une seule raison: le soutien à la Palestine".

En cause, un texte signé par Die Linke après l'élection, contenant un engagement contre l'antisémitisme, réaffirmant le "droit d'Israël à exister" et obligeant les nouveaux élus à maintenir "une distance claire" vis-à-vis de personnes ou réseaux liés à la criminalité organisée.

Des garanties réclamées à Die Linke après sa soirée électorale du 20 septembre dans le même quartier de Neukölln, marquée par la présence controversée d'un militant présumé du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), organisation classée terroriste par l'UE. Et celle d'une figure de la famille Remmo, originaire du Proche-Orient et dont plusieurs membres ont été condamnés, notamment pour cambriolages ou braquages.

- protéger Berlin -

Les critiques ont fusé, jusque dans les rangs des écologistes et des sociaux-démocrates, dont Die Linke a besoin pour former une majorité municipale à Berlin.

Avec ce texte signé début octobre, les trois partis espéraient dépasser cette polémique. Verts et SPD avaient validé la semaine dernière l'entrée dans la phase finale des négociations, Die Linke devant le faire samedi.

Mais jeudi, une nouvelle polémique a éclaté après les révélations de l'hebdomadaire der Spiegel, selon lequel Elif Eralp, la tête de liste de Die Linke qui a la main pour devenir maire, a exprimé des craintes face à des acteurs propalestiniens radicaux.

En voulant valider les citations d'une interview, elle aurait envoyé par erreur au magazine des commentaires à usage interne, où elle écrivait avoir "peur de ces gens".

Le président de la société germano-israélienne, Volker Beck, a aussitôt réagi: "un parti( ...) qui ne parvient pas à exclure ceux qui sympathisent avec le terrorisme ou le minimisent (...) n’est pas à la hauteur des responsabilités en matière de politique de sécurité d’un gouvernement régional".

Le chef du SPD berlinois, Steffen Krach, n'a pas épargné sa possible partenaire de coalition Elif Eralp, estimant que "celui ou celle qui veut gouverner cette ville doit nommer clairement les dangers et protéger Berlin contre eux".

La perspective qu'Elif Eralp, la tête de liste Die Linke qui a axé sa campagne sur la crise du logement, puisse devenir maire de Berlin suscite depuis un mois une levée de boucliers à droite.

S'adressant aux sociaux-démocrates, ses partenaires de coalition gouvernementale nationale, le chancelier Friedrich Merz les a encore prévenus samedi qu'une coalition municipale avec un "parti d'extrême gauche" pèserait sur les rapports entre ministres des deux camps.

- "Culpabilité allemande" -

Marquée par la Shoah, l'Allemagne a érigé la sécurité d'Israël en raison d'État.

Lors d'une manifestation propalestinienne le 7 octobre, jour de commémoration de l'attaque d'Israël par le Hamas, Jara, 29 ans, a estimé que la dureté des autorités berlinoises envers les manifestants est "une externalisation complète" sur les Palestiniens de la "culpabilité allemande" liée à la Shoah.

En 2025, le Conseil de l'Europe avait rappelé à l'ordre l'Allemagne, s'inquiétant de "restrictions à la liberté d'expression" et "de réunion pacifique" des propalestiniens, et d'un "recours excessif à la force par la police".

Le slogan "yallah, yallah, intifada" a ainsi déjà été jugé illégal dans certains contextes, les tribunaux y voyant parfois une légitimation de violences contre les Israéliens.

Interrogé sur les manifestations de joie qui ont pu éclater à Neukölln le 7 octobre 2023, Khaled, militant d'un petit collectif propalestinien, juge "injuste de stigmatiser toute une communauté en raison d'actes isolés de quelques personnes".

Pour Roza, une militante juive propalestinienne, les accusations d'antisémitisme sont "un cirque" pour discréditer le parti "au moment précis" où il pourrait parvenir à exproprier les grands groupes immobiliers privés, la mesure phare du programme.

F.Stewart--EWJ