English Woman's Journal - Au Kenya, les adeptes du cosplay font fi du manque de moyens et des préjugés

Au Kenya, les adeptes du cosplay font fi du manque de moyens et des préjugés


Au Kenya, les adeptes du cosplay font fi du manque de moyens et des préjugés
Au Kenya, les adeptes du cosplay font fi du manque de moyens et des préjugés / Photo: Luis TATO - AFP

Armes en cartons et masques divers emplissent le petit appartement de Julius Mokaya. Ce Kényan de 34 ans fabrique lui-même avec les moyens du bord ses déguisements de "cosplay", passion coûteuse et souvent incomprise au Kenya mais qui a réuni de nombreux adeptes samedi à Nairobi.

Taille du texte:

Né aux Etats-Unis parmi les fans de science-fiction, le cosplay a explosé au Japon avant de devenir un phénomène mondial dans les années 1990 et 2000. Ce loisir consiste à se déguiser le plus fidèlement possible en des personnages de BD japonaises (manga) ou américaines (comics), de dessins animés, surtout japonais (animes), ou de jeux vidéo.

Malgré le prix élevé du billet (une vingtaine d'euros), près de 4.000 passionnés, selon l'un des organisateurs, Jotham Micah, ont participé à la convention Otamatsuri, leur rendez-vous annuel depuis 2019 dans la capitale kényane.

En très grande majorité vingtenaires et pour la plupart déguisés, ils déambulent autour des stands de vente de mangas, de jeux vidéo ou de plats japonais, assistent à des discussions et débats ou à des spectacles musicaux notamment d'artistes japonais.

Clou de la journée, le concours de déguisements réunit 18 cosplayers, dont Julius Mokaya qui l'a remporté en 2021 et 2022.

Il a passé des mois, notamment en ligne, à imaginer et concevoir son cosplay de cette année: Enjin, personnage du manga Gachiakuta, ensuite adapté en animé, racontant la vengeance de Rudo, adolescent accusé à tort de la mort de son père et condamné à l'exil dans une décharge.

"L'idée centrale (...) est que les déchets et ce qu'on jette ne sont pas vraiment mauvais", explique, dans son modeste deux-pièces d'un quartier populaire de Nairobi, ce gardien d'immeuble qui a découvert le cosplay il y a une dizaine d'années et pour qui le recyclage constitue la matière première de ses déguisements.

Avec de la mousse, il a recréé le masque du personnage, mais aussi son arme, un parapluie qu'il a orné d'idéogrammes japonais et doté de bandes de LED qui l'illuminent lorsqu'on l'ouvre

- méfiance et incompréhension -

Car les adeptes est-africains du cosplay n'ont pas accès aux produits amplement distribués aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon, telles que certaines colles ou mousses, les perruques, masques, armes ou autres accessoires.

Cette année, c'est Yvonne Chockey, 24 ans, qui a gagné la compétition.

Elle aussi a dû être "créative" pour son cosplay d'Angewomon, un ange d'une franchise japonaise: elle a eu recours à la technique du sable chaud pour chauffer et courber, sans les abîmer, des tubes de PVC formant la structure des huit imposantes ailes blanches.

Ensuite, "j'ai dû découper chaque plume une par une, puis les fixer sur le support. C'était la partie la plus difficile", explique-t-elle.

Une passion coûteuse en temps mais aussi en argent. Malgré le recyclage, fabriquer un costume n'est pas donné.

Julius Mokaya dit être "fauché la moitié du temps, mais (...) toujours passionné".

"Le cosplay a bouleversé ma vie d'une manière totalement inattendue", en me faisant réfléchir à ce que "je veux dans ma vie", explique-t-il sans s'étendre.

"J'aime le côté créatif, la plongée dans la recherche de la compréhension du personnage" et "une forme d'autodiscipline" que cela impose.

Au Kenya, pays moderne mais où les traditions restent fortes, "les gens déguisés avec ces costumes colorés, ça suscite surtout des questions auxquelles les Kényans n'ont pas de réponse", constate-t-il.

Il y a quelques années, déguisé dans un bus, il a été obligé d'acheter deux billets, personne n'acceptant de s'asseoir à côté de lui.

"Sur les réseaux sociaux, des gens, des proches, ont vu ce que je fais et ont demandé à mon père si j'étais dans une secte", confie-t-il. Mais la communauté grandit et veut "repousser les limites", assure-t-il.

"La beauté des animes et des mangas ont transcendé les frontières", rappelle de son côté Jotham Micah, "les sous-cultures sont essentielles. Elles donnent de l'énergie à la vie. Elles sont une source d'inspiration".

E.Cunningham--EWJ

En vedette

Violences : l'État "a été défaillant", accuse le président du Medef Patrick Martin

Le président du Medef Patrick Martin a accusé mardi l'État d'avoir "été défaillant" pendant les violences urbaines qui ont touché ce weekend "entre 2 et 3.000 commerces" en France, selon le ministre du Commerce Serge Papin, une critique également formulée par plusieurs représentants des commerçants.

Indonésie : près de deux millions d'hectares brûlés en 2026 jusqu'en septembre

L'Indonésie a annoncé lundi accepter l'aide de la Malaisie et de Singapour pour lutter contre les incendies qui ont brûlé près de deux millions d'hectares dans le pays entre janvier et la fin du mois de septembre de cette année, selon un rapport publié le même jour.

Micro chez OpenAI : le juge garde en détention l'ingénieur saoudien, y voit un "talent précieux" pour Riyad

L'ingénieur saoudien d'OpenAI accusé d'avoir caché un micro dans une salle de réunion restera en détention en raison d'un risque de fuite, a décidé lundi un juge fédéral de San Francisco, méfiant face au soutien que lui apportent les autorités saoudiennes.

Explosion de la rue de Trévise: le procès de la Ville de Paris s'ouvre mardi pour sept semaines

Près de huit ans après l'explosion accidentelle au gaz d'un immeuble de la capitale qui avait fait quatre morts et 200 blessés, la Ville de Paris et le syndic de l'immeuble comparaissent à partir de mardi devant le tribunal correctionnel.

Taille du texte: