English Woman's Journal - Inde: la perspective d'une troisième victoire de Modi tourmente les chrétiens

Inde: la perspective d'une troisième victoire de Modi tourmente les chrétiens


Inde: la perspective d'une troisième victoire de Modi tourmente les chrétiens
Inde: la perspective d'une troisième victoire de Modi tourmente les chrétiens / Photo: DIBYANGSHU SARKAR - AFP

L'église d'Irpiguda tombe en ruines, dans le district indien de Kandhamal, théâtre de violences antichrétiennes après le meurtre de cinq hindous en 2008, où aujourd'hui les chrétiens se sentent à nouveau menacés par la montée en puissance de la majorité hindoue.

Taille du texte:

Avec des élections nationales en vue et le Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi donné probable gagnant, de nombreux chrétiens craignent d'être à nouveau pris pour cible.

Deepti a été l'une des victimes des attaques hindoues qui se sont déroulées il y a seize ans dans l'Etat de l'Odisha, dans l'est du pays, faisant au moins 101 morts, en représailles au meurtre d'un prêtre hindou et de quatre de ses fidèles.

Agée de 19 ans à l'époque, elle a été violée en réunion parce que son oncle avait refusé de renier la religion catholique.

"J'y pense chaque minute", confie en larmes cette femme de ménage de 35 ans, utilisant un pseudonyme par crainte d'autres représailles. "Je vis ici depuis mon enfance, je reconnais leur voix", dit-elle, "je me souviens encore de chacun d'eux."

Elle est au nombre de la quarantaine de femmes qui ont alors subi des agressions sexuelles dans son village, dont elle préfère taire le nom pour sa sécurité.

Des dizaines d'églises, de lieux de culte et de foyers chrétiens ont été la cible d'attaques qui ont entraîné la fuite de dizaines de milliers de chrétiens.

Un simple mémorial a été érigé dans le village de Tiangia pour les victimes, sur lequel est inscrite une citation de saint François d'Assise: "Là où est la haine, laisse-moi semer l'amour".

Mais l'an dernier, le Vatican a donné son feu vert au processus de béatification de ses "martyrs de Kandhamal", un groupe de 35 catholiques assassinés pendant cet accès de violences.

L'archevêque de l'Odisha, John Barwa, voit dans cette décision une "source de foi et d'espoir renouvelés".

- "Le danger persiste" -

Pour Prasanna Bishnoi, président de l'association des survivants de Kandhamal, la reconnaissance par l'Eglise de ces "morts en raison de leur foi" est bienvenue, mais le fait d'honorer la mémoire des défunts ne suffit pas à rassurer les vivants.

"Par ailleurs, je doute que cela soit bénéfique à notre population", rappelle-t-il.

Les élections nationales débuteront le 19 avril et dureront jusqu'au 4 juin, et pour beaucoup il ne fait guère de doute que le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) du Premier ministre Narendra Modi emportera un troisième mandat.

Les défenseurs des droits humains et l'opposition accusent le BJP de vouloir transformer l'Inde, officiellement laïque, en une nation hindoue, ce qu'il dément.

Mais les minorités religieuses s'inquiètent. Des extrémistes hindous accusent depuis longtemps les chrétiens d'obliger des hindous à se convertir, et malgré leurs dénégations, ils subissent des agressions.

L'Inde compte 1,4 milliard d'habitants et, selon le recensement de 2011, plus de 2% sont chrétiens, une présence qui remonterait à l'apôtre Thomas venu dans le pays en 52 après JC.

Le Forum chrétien uni (UCF), organisation de surveillance des droits humains basée à New Delhi, a enregistré l'an dernier 731 attaques contre des Indiens chrétiens, et met en garde contre "des milices impliquant des extrémistes religieux".

Les violences de 2008 hantent les survivants traumatisés, craignant d'être à nouveau pris pour cible.

- "Ce pays appartient à tous" -

Raheli Digal a emmené l'AFP voir les ruines carbonisées de son ancienne maison d'Irpiguda où elle remet rarement les pieds.

Elle décrit, en sanglotant, ce dont elle a été témoin, cachée dans les collines boisées environnantes, observant avec effroi la foule aux slogans antichrétiens qui allumait des incendies.

"Ils ont détruit notre maison, en y mettant le feu", raconte-t-elle, "nous avions nos jeunes enfants avec nous, nous les avons attrapés et avons couru dans la forêt."

"Même aujourd'hui, le danger persiste", assure cette femme au foyer de 40 ans, vivant dans un camp, "au souvenir de ces vieilles scènes (...) nous avons peur". "Ils disent depuis longtemps qu'ils ne laisseront pas les chrétiens vivre ici", ajoute-t-elle.

Le BJP admet "la perception d'un certain degré de menace" mais veut y remédier, affirme le porte-parole national du parti, Mmhonlumo Kikon.

M. Modi "s'est adressé à la communauté chrétienne et ses dirigeants afin de les rassurer. Ce pays appartient à tous, pas qu'à la communauté majoritaire", poursuit M. Kikon.

M. Bishnoi s'est dit rassuré par la rencontre de M. Modi avec des chrétiens. Pourtant, des informations sur de nouvelles violences jettent le trouble dans son esprit. Selon lui, "si ce gouvernement reste au pouvoir, les minorités seront sous pression".

K.Marshall--EWJ

En vedette

En Équateur, une base discrète mais active de la lutte antidrogue américaine

Dissimulée au milieu de fermes d'élevage de crevettes et de plantations de teck, une base aérienne isolée en Équateur est devenue en toute discrétion un centre névralgique de la lutte croissante menée par Washington contre le trafic de drogue, selon des registres de vols, des images satellites, des témoignages et des documents militaires obtenus par l'AFP.

Six jihadistes français condamnés à la prison à perpétuité en Irak

La justice irakienne a condamné mardi sept Français, dont six à la réclusion à perpétuité, pour leur appartenance au groupe Etat islamique (EI), premier verdict dans le procès de 47 jihadistes français transférés de Syrie en Irak l'an dernier.

En Syrie, une famille décimée par des frappes de la Jordanie

Dans l'ambulance qui transporte les corps de ses proches tués par une frappe jordanienne sur le sud de la Syrie lundi soir, Nassouh al-Salim est en état de choc: en une fraction de seconde, il a perdu une grande partie de sa famille.

Vol en Isère: Framatome a déposé plainte, déplore "une atteinte grave à son outil industriel"

L'entreprise de nucléaire civil Framatome a déposé plainte après le "vol de matière" survenu dans la nuit du 21 au 22 octobre dans son usine située à Jarrie (Isère), a-t-elle indiqué mardi à l'AFP, déplorant "une atteinte grave à son outil industriel et à son personnel".

Taille du texte: