English Woman's Journal - En Espagne, une victime de torture sous le franquisme veut briser "le mur de l'impunité"

En Espagne, une victime de torture sous le franquisme veut briser "le mur de l'impunité"


En Espagne, une victime de torture sous le franquisme veut briser "le mur de l'impunité"
En Espagne, une victime de torture sous le franquisme veut briser "le mur de l'impunité" / Photo: PIERRE-PHILIPPE MARCOU - AFP

Première victime de torture sous le franquisme à être entendue par un juge en Espagne, Julio Pacheco espère ouvrir "une brèche dans le mur de l'impunité" dont bénéficient toujours les représentants du régime, près de 50 ans après la mort de Franco.

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"Un mur de l'impunité" dont les victimes de la dictature (1939-1975) souffrent "depuis si longtemps", insiste ce retraité, âgé de 67 ans, qui reçoit l'AFP chez lui, dans un quartier populaire de Madrid.

Vendredi, Julio Pacheco deviendra la première victime du franquisme à être entendue par un juge espagnol dans le cadre de son enquête.

"C'est une étape importante", dit-il, "il faut bien comprendre que tout cela s'est passé il y a (près de) 50 ans".

"Jusqu'à présent personne, aucun juge, n'avait jugé une seule plainte recevable, n'avait entendu (aucune victime), c'est la première fois", se félicite cet ancien imprimeur qui a eu toutes les peines du monde à rassembler les documents nécessaires à l'établissement de sa plainte face à l'absence totale de "coopération" des autorités.

Selon les organisations de victimes, la justice a jusqu'ici rejeté une centaine de plaintes pour des crimes commis durant la dictature au nom de la prescription des faits et de la loi d'Amnistie.

Adoptée en octobre 1977, durant la transition vers la démocratie après la mort de Franco en novembre 1975, cette loi empêche de poursuivre tout délit politique commis durant la dictature par des opposants mais aussi par "les fonctionnaires et agents de maintien de l'ordre public".

Dans le cas de Julio Pacheco, la magistrate a admis la plainte en mai en invoquant "l'existence possible" de "crimes contre l'humanité et de tortures", selon sa décision consultée par l'AFP. Des crimes qui ne peuvent pas être prescrits au regard de la législation internationale, clament les associations de victimes.

- Un "pacte du silence" -

En Espagne, "ce qui s'est imposé, c'est un pacte du silence" après la fin de la dictature, dénonce Rosa María García, 66 ans, l'épouse de Julio Pacheco.

Torturée elle-même, elle a vu sa plainte rejetée par la justice. Mais elle sera également entendue vendredi en qualité de témoin, la police l'ayant fait assister aux séances de tortures de son mari.

Militants d'une organisation étudiante liée au Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote (FRAP), qui luttait contre la dictature, Julio Pacheco et Rosa María García ont été arrêtés en août 1975.

Emmenés à la Direction générale de la sécurité, située sur la célèbre place de la Puerta del Sol en plein coeur de Madrid, ils y ont été torturés plusieurs jours par la police secrète avant d'être envoyés en prison, accusés de terrorisme.

Ils seront libérés en décembre 1975, un mois après la mort de Franco, puis graciés quelques mois plus tard.

- "La vérité" pour refermer les blessures -

Dans sa plainte, Julio Pacheco accuse quatre policiers de l'avoir torturé dont José Manuel Villarejo, un ex-commissaire sulfureux impliqué dans de nombreux scandales touchant l'élite économique et politique du pays et condamné en juin à 19 ans de prison pour espionnage.

S'il aimerait voir un jour ses tortionnaires "assis sur le banc des accusés", il serait déjà satisfait si la procédure judiciaire permet de rappeler à l'Espagne "ce que fut le franquisme".

D'autant plus que l'extrême droite a fait sa réapparition ces dernières années avec le parti Vox qui "veut revenir à cette époque", accuse-t-il.

Vox et la droite traditionnelle du Parti Populaire ne cessent de fustiger la volonté du gouvernement, qui a fait adopter en octobre sa loi phare de "mémoire démocratique", de réhabiliter les victimes du franquisme et l'accusent de vouloir rouvrir les blessures du passé.

Mais "la seule façon de refermer les blessures, c'est la vérité (...) Sinon, elles saigneront pour toujours", rétorque Julio Pacheco

D.Findlay--EWJ

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